Portrait de Michel-Carol Patin

25 avril 2016

Les routes du Cambrésis sont plutôt monotones : des champs de grande culture à perte de vue, interrompus par quelques éoliennes par-ci par-là et les tristes croix blanches des cimetières de la seconde Guerre mondiale.
« En arrivant à Havrincourt,  prenez la première à droite » nous indique le GPS. La voilà, la ferme de Michel-Carol Patin, l’homme à qui nous rendons visite. Paysan, meunier et boulanger, il fournit la plupart des farines utilisées à la boulangerie du 3 rue du Nil. Portrait d’un homme au four et au moulin.

 

Nous rencontrons un homme passionné, convaincu par « la bio » depuis ses débuts. Michel-Carol Patin a repris la ferme familiale en l’an 2000. Malmenée par la grande et la petite histoire, elle ne comprenait alors plus qu’une dizaine d’hectares. Ceux-ci seront dès lors plantés en céréales. Et pas n’importe lesquelles. Rapidement, Michel-Carol fait le choix de ne cultiver que des semences paysannes, qu’il obtient d’autres passionnés. Chaque année, il les reproduit et les adapte au terroir local, un sol crayeux en surface, riche en minéraux. Petit à petit, il se constitue une belle collection de grains de toutes variétés : petit et grand épeautre, seigle et froment, etc. Afin de valoriser au mieux son travail, il décide de les transformer lui-même en farine et, pour aller encore plus loin, en pain, au levain bien sûr. La boucle est bouclée, le grain devient pain dans les mains d’un même homme.

En 2004, Michel-Carol pousse encore plus loin son projet. Il achète une ferme sur le plateau de Sault, dans… l’Aude ! Le grand écart. Là-bas, ce sont des terres en altitude, à plus de 1000m ; l’hiver un climat rude, à la neige fréquente ; l’été, de fortes chaleurs. En somme, Michel-Carol découvre de nouvelles conditions de culture, qui le poussent à développer l’emploi de semences adaptées à ce terroir, pauvre. Il prend la même route qu’à Havrincourt : la transformation en farine de ses récoltes s’impose à lui. Afin de développer son activité, il convainc certains de ses confrères de cultiver pour lui des semences paysannes, qu’il achètera après récolte pour les moudre. La minoterie du pays de Sault est lancée. Michel-Carol va dès lors distribuer ses farines dans certaines boulangeries bien choisies du sud de la France, et du Nord ! Ses tournées commencent en Côte d’Opale, pour se terminer sur la Côte d’Azur.

Dans cette entreprise, il n’est heureusement plus seul : un boulanger et un livreur l’aident dans le Cambrésis ; une secrétaire aussi, pour les plus de 1200 factures qu’il émet chaque année. Michel-Carol fournit encore aujourd’hui certains particuliers et, bien sûr, des boulangers passionnés. Comme il nous l’aura souvent répété : « la meilleure agriculture est celle faite avec amour ». Nos boulangers pourront ajouter que le meilleur pain est aussi celui façonné avec le cœur.